Actes du premier colloque francophone « Histoires de désob’ » Azé 2019  
Histoires parallèles :  
la grotte du Serre des Périers  
à Pégairolles-de-Buèges (Hérault)  
Jean-Yves Bigot & Daniel Caumont, C.L.P.A. Montpellier  
La découverte non fortuite d'une grotte sur le flanc sud de la Séranne montre que les histoires spéléologiques  
et préhistoriques comportent des similitudes qu'il nous a paru intéressant de souligner. Certes, les  
désobstructions du Club Loisirs Plein Air (CLPA) de Montpellier n'ont pas été motivées par la recherche de l'eau  
comme a pu l'être celle des hommes de la Préhistoire. Toutefois, la stratégie et les moyens utilisés autorisent la  
mise en parallèles de deux histoires temporellement distinctes. Les circonstances de la découverte de la grotte  
du Serre des Périers seront d'abord détaillées, puis des désobstructions et aménagements anciens présents dans  
la cavité seront décrits. Enfin, une discussion sur la présence d'un objet en pierre, abandonné à proximité de  
concrétions brisées, sera proposée. Des traces relevées sur l'objet attestent un usage probable de marteau ayant  
servi à ouvrir des passages obstrués.  
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. La découverte de la grotte des Périers  
La découverte de la grotte résulte d'une suite d'événements, mais également d'une recherche guidée par une  
indispensable réflexion. L'exposé des circonstances de cette découverte permet de mieux comprendre l'esprit  
qui anime tout spéléologue.  
a) Les circonstances de la découverte  
Depuis 2012, l'équipe de Frank Vasseur a  
repris les explorations en plongée dans  
l'évent de Coudoulières (Pégairolles-de-  
Buèges). Les spéléologues du CLPA,  
inventeur de la cavité en 1974,  
participent activement, avec d'autres,  
aux portages du matériel de plongée.  
Figure 1. Carte de situation de la grotte du Serre  
des Périers.  
Grâce aux relevés topographiques, on connaît la position d'une grande salle exondée découverte par des  
plongeurs marseillais dans l'évent. Les spéléologues ont alors nourri le projet d'atteindre celle-ci par des cavités  
inconnues du flanc sud de la Séranne... Les recherchent se concentrent dans les secteurs du Serre des Périers.  
L'angle d'attaque est si précis que le secteur ciblé est assorti d'une altitude à laquelle pourraient s'ouvrir des  
cavités qui les mèneraient immanquablement à la « salle des Marseillais »...  
Dans la « quête des grottes », il est impératif de croire à son étoile et plus encore à son sens du terrain. On ne  
trouve que ce que l'on cherche, imaginer qu'une découverte puisse être fortuite c'est mal connaître la  
spéléologie et les spéléologues.  
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b) De la prospection à l'ouverture du chantier de  
désobstruction  
connue de Daniel qui demande aussitôt au pilote de  
s'approcher, puis « d'entrer dans la cavité ».  
Tout cela est suffisant pour motiver une équipe de  
prospecteurs qui se déplace jusqu'à la baume de  
Gay, barrée par des murets de pierres sèches.  
Malheureusement, la cavité ne présente aucune  
continuation et se trouve en grande partie comblée  
par des grèzes [cailloutis anguleux d'origine  
cryoclastique, périglaciaire, au litage incliné  
parallèlement au versant (Viala, 2000)].  
Depuis la baume de Gay, il est décidé de répartir les  
effectifs sur le coteau afin de prospecter la zone  
située un peu en contrebas de la grotte. Daniel  
Caumont descend alors dans le versant abrupt  
jusqu'à la base d'une barre rocheuse surmontant  
une zone de lapiaz très pentue. Là, des chênes ont  
pris racine dans une fracture qu'on peut suivre  
horizontalement sur quelques dizaines de mètres.  
Equipé d'un sécateur et d'une petite scie à main, il  
avance sur une vire étroite et envahie par la  
végétation lorsqu'il aperçoit l'ouverture d'une  
petite cavité de 40 x 50 cm en partie comblée. Des  
débris de calcite jonchent l'entrée du conduit qui  
présente de remarquables formes d'érosion. Daniel  
a dans son sac tout un matériel adapté aux cavités  
des garrigues languedociennes où les courants d'air  
sont généralement peu violents. Il dispose  
notamment de trois thermomètres électroniques,  
de deux briquets et d'un peu d'encens...  
Le dimanche 28 janvier 2018, une équipe du CLPA  
(
Laurent David, Jean-Pierre Rouges, Jean-Pierre  
Blazy, Daniel Caumont, Pascal Mouneyrat, Claude  
Villadomat et Loïc Noret) travaille dans une cavité  
située non loin de la route D122 de Pégairolles aux  
Lavagnes et une prospection au drone est prévue  
avec Aimé Mallet, spéléologue et pilote émérite qui  
possède un engin équipé d'une caméra vidéo 4K  
(
ultra haute définition). La zone balayée par le  
drone est située entre le « Serre des Périers » et le  
lieudit « les Trescols », un secteur aux versants  
abrupts où divers indices sont déjà connus. Il s'agit  
notamment de cavités détruites par l'érosion dans  
lesquelles poussent généralement des arbres qui y  
développent leurs racines. Pour Daniel Caumont,  
l'association figuier-grotte est un bon indice.  
Depuis la route, Daniel visualise l'écran d'une  
tablette sur laquelle défilent les images de la  
caméra embarquée, tandis qu'Aimé est aux  
commandes, les yeux masqués par un casque 3D lui  
restituant les images prises depuis le drone. L'engin  
s'élève doucement sur les pentes de la Séranne en  
direction de deux figuiers jugés suspects, puis vire  
sur la droite et disparaît derrière des rochers  
lorsqu'un trou noir apparaît. Il s'agit en fait de la  
baume de Gay. Toutefois, cette cavité n'est pas  
Le rituel est immuable ; devant l'entrée du conduit,  
il allume l'extrémité d'un bâton d'encens dont la  
fumée disparaît aussitôt dans le conduit ! Inutile de  
sortir les thermomètres qui ne feraient qu'indiquer  
la température extérieure (fig. 2) ; Daniel n'est pas  
météorologue, mais spécialiste des grottes des  
garrigues.  
Tout cela est plutôt bon signe et il appelle bientôt  
ses collègues dispersés dans le versant. Les travaux  
de dégagement de l'entrée commencent le jour  
même. Toutefois il faudra revenir, car la  
désobstruction nécessite tout de même un peu de  
travail.  
Figure 2. L'entrée de la grotte  
du Serre des Périers  
le jour de sa découverte  
(
28 janvier 2018).  
La fumée du bâton d'encens  
est aspirée par le trou.  
La chaussure à droite  
donne l'échelle.  
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Le dimanche 4 février 2018, une équipe (Sylvain Noyer, Claude Villadomat, Jean-Pierre Blazy, Jean-Pierre  
Rouges, Daniel Caumont et Loïc Noret) poursuit la désobstruction de la grotte. Une trentaine de bidons sont  
sortis et deux tirs sont effectués pour faciliter les travaux de déblaiement. En examinant les alentours, il est  
découvert un boyau colmaté de 6 m de long sur une plateforme voisine, qui correspond en fait à l'entrée  
préhistorique de la grotte.  
Une nouvelle sortie est organisée le vendredi 9 février 2018 ; puis le vendredi 16 février 2018 le chantier de  
désobstruction est terminé. Les spéléologues (Olivier Maret, Claude Villadomat, Sylvain Noyer, Jean-Pierre  
Rouges, Daniel Caumont et Loïc Noret) qui ont la chance de se trouver là débouchent dans la grotte du Serre  
des Périers et explorent les salles des Elytres et du Miroir.  
Figure 3. Plan de la grotte du Serre des Périers (Pégairolles-de-Buèges, Hérault).  
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Figure 4. Coupe de la grotte du Serre des Périers (Pégairolles-de-Buèges, Hérault).  
2. L'incursion préhistorique  
Le 15 avril 2018, une visite à but photographique, assortie d'une enquête façon « scène de crime », est organisée  
Daniel Caumont, Sylvie et Pascal Mouneyrat, Eric Aubert, Laurent Payrou et Jean-Yves Bigot). En effet, il a été  
(
trouvé quelques tessons de poteries et une galerie pouvant correspondre à l'entrée préhistorique. Les  
motivations ayant conduit les hommes préhistoriques à pénétrer dans la cavité restent cependant obscures ; un  
des objectifs de la sortie est de répondre à cette question.  
a) Relevé façon « scène de crime »  
La grotte n'est pas d'un accès très commode et s'ouvre sur une vire dominant un vide de quelques dizaines de  
mètres.  
Cette vire arborée surplombe un  
escarpement qui matérialise la faille  
des Cévennes, laquelle court d'est en  
ouest sur tout le versant sud de la  
montagne de la Séranne. La grotte du  
Serre des Périers s'ouvre par un court  
boyau  
désobstrué  
qui  
livre  
directement accès à une salle de  
belles dimensions : la salle des Elytres  
(
fig. 5).  
Figure 5. La salle des Elytres.  
Le boyau d'accès se trouve en haut, juste  
derrière le personnage.  
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A main gauche, un puits équipé d'une corde indique la suite dans laquelle aucun indice de fréquentation  
préhistorique n'a été relevé. A main droite en remontant, on trouve l'entrée préhistorique défendue par une  
rampe assez raide. Cette rampe correspond à un cône d'éboulis dont l'origine est un boyau de six mètres de  
longueur qui s'ouvre un peu plus à l'est, tout près d'une plateforme qui domine le versant. La galerie de l'entrée  
préhistorique est modeste et totalement obstruée dans sa partie haute ; l'obstruction, postérieure à l'incursion  
préhistorique, semble a priori naturelle. On note que l'accès à la salle des Elytres n'était pas si facile par cette  
galerie fort pentue. Les pierres et tessons de poteries qui gisent dans la pente raide se déversent dans la salle  
sous la forme d'un cône d'éboulis.  
La galerie préhistorique a été ainsi nommée en raison de la présence de céramiques. A son sommet, on observe  
sur la droite un fond de vase brisé à pâte noire (fig. 6). Sur le sol pentu de la galerie préhistorique, on trouve  
quelques tessons (fig. 7) dont la facture atteste d'une certaine ancienneté.  
Figure 6. Fond de vase au sommet  
de la galerie préhistorique.  
Figure 7. Tesson décoré gisant dans la rampe  
pentue de la galerie préhistorique.  
Un peu plus au nord de la galerie préhistorique, gisait un objet en pierre non calcaire de forme allongée. La  
nature de la roche, très probablement du gneiss, montre que cet objet a été apporté dans la grotte. Même si cet  
objet comporte peu de traces de fabrication, sa forme allongée rappelle vaguement celle d'une hache en pierre  
polie.  
Mais continuons la visite de la  
cavité ; la découverte d'autres  
indices nous permettra peut-être  
de formuler une hypothèse sur la  
présence  
énigmatique dans la grotte  
fig. 8).  
de  
cet  
objet  
(
Figure 8. Objet en pierre (gneiss) trouvé  
dans la grotte du Serre des Périers  
(
Pégairolles-de-Buèges, Hérault).  
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b) Le détournement des eaux  
En continuant vers le nord, on trouve une arrivée  
d'eau qui alimente de petits gours situés au pied  
d'un massif stalagmitique. En montant au-  
dessus de ce massif, on trouve deux fragments  
de stalagmites disposés parallèlement (fig. 9). Il  
s'agit de « stalagmites de dérivation » dont le  
rôle consiste à détourner l'eau (Bigot, 2018). En  
effet, l'eau tombe sur une coulée de calcite ;  
mais une partie de l'eau s'écoule dans une fissure  
impénétrable où il n'est pas possible de la  
récupérer.  
Figure 9. Deux stalagmites de dérivation.  
La première est située en haut (couleur blanche) et la  
deuxième un peu plus bas dans le creux (couleur marron).  
Le rôle de ces deux fragments de stalagmites, dites de dérivation, est de renvoyer l'eau vers une partie connue  
et accessible où se trouvent des gours plus capacitifs. La stalagmite la plus haute (la première) dévie l'eau vers  
une cannelure verticale (fig. 10) et le surplus des eaux qui n'est pas redirigé est arrêté par une seconde stalagmite  
qui renvoie vers une autre cannelure de la coulée de calcite (fig. 11). Ces deux cannelures drainent l'eau vers des  
gours situés plus bas dans lesquels il est aisé de prélever l'eau (fig. 12).  
Fig. 10 : Cannelure n° 1 dont les eaux sont dérivées par une première  
stalagmite.  
Fig. 11 : Cannelure n° 2 dont les eaux sont dérivées par une seconde  
stalagmite dont la section est visible.  
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Fig. 12 : Vue en élévation du dispositif  
de dérivation des eaux dans les  
cannelures de la coulée.  
Les stalagmites 1 et 2 détournent les  
eaux vers deux cannelures en évitant  
qu'elles ne se perdent dans un trou  
impénétrable (fissure).  
En haut à droite, on distingue la  
barrière de stalagmites détruite par  
les hommes préhistoriques  
(
désobstruction).  
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c) Le bris des concrétions  
Si on continue plus loin sur la droite au sommet  
du massif de concrétions, on trouve un passage  
hérissé de stalagmites. On note la présence  
d'une grande stalagmite couchée au sol et  
scellée par la calcite (fig. 13). Il existe également  
d'autres fragments de concrétions scellés qui  
attestent une désobstruction ancienne.  
A
l'origine, une barrière de stalagmites interdisait  
le passage, mais elle a disparu pour laisser place  
à un espace relativement confortable.  
Malheureusement pour les explorateurs  
préhistoriques, la partie qui fait suite à cette  
désobstruction est totalement sèche et ne  
possède que très peu de ressources en eau.  
D'ailleurs, aucun aménagement n'y a été relevé.  
Juste derrière le passage débarrassé de ses  
stalagmites, on remarque en plafond les  
pointes brisées de stalactites qui ne se trouvent  
pas sur le passage désobstrué, mais juste après  
celui-ci.  
Fig. 13 : Le passage obstrué par une barrière de stalagmites  
a été ouvert anciennement comme l'indique la stalagmite  
couchée et scellée au sol par la calcite.  
Les pointes acérées des stalactites semblent  
avoir été brisées par prévention, car elles  
présentaient  
peut-être  
un  
danger  
notamment lorsque l'on se relève après avoir  
franchi la barrière de stalagmites. Toutefois,  
on note que ces stalactites ne se trouvaient  
pas dans l'emprise du passage.  
Fig. 14 : Stalactites brisées, situées à l'écart de la  
désobstruction de la barrière stalagmitique.  
Le bris de ces pointes de stalactites sèches (fig. 14), c'est-à-dire sans écoulement, semble ancien. En effet, bien  
qu'aucun concrétionnement n'atteste une activité de ces stalactites, on peut déduire l'ancienneté relative du  
bris en observant les pointes tombées au sol et scellées par une coulée de calcite.  
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Fig. 15 : Plan de la partie préhistorique de la grotte : salle des Elytres et ses prolongements.  
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taille du galet indiquerait un trajet plutôt court  
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. L'objet en pierre  
depuis son origine géologique probable (le massif  
cristallin des Cévennes) et évoquerait les vallées de  
la Vis et de la Virenque dont les crues violentes  
permettent de déplacer de plus gros éléments.  
Une pierre non calcaire en roche métamorphique  
gneiss) a été trouvée dans la cavité. Sa présence  
(
est due à l'homme qui l'a apportée dans la grotte.  
Une fine couche de calcite recouvre en partie  
l'objet. L'entrée préhistorique de la grotte étant  
obstruée, on peut faire l'hypothèse que le dépôt de  
l'objet date de la période à laquelle elle était  
fréquentée. Enfin, un examen détaillé montre des  
traces d'impact qui permettent d'en faire un outil à  
usage de marteau.  
2
) Formes et caractéristiques  
L'objet en pierre mesure 17 cm de longueur  
mesurait environ 20 cm à l'origine), 9 cm de largeur  
(
et 6 cm d'épaisseur (fig. 16). Une des extrémités de  
l'objet est manquante (environ 3 cm), car il a été  
accidentellement brisé le jour de la découverte.  
Sa masse est de 1 kg 110 g ; avec la partie  
manquante la masse totale peut être estimée à 1,2  
kg.  
Il s'agit d'un galet naturel de forme allongée.  
Initialement, ce galet devait avoir ses deux  
extrémités arrondies, mais l'une d'elles a été cassée  
a) Description et caractéristiques de l'objet  
1) Nature de la roche  
L'objet présente une structure en feuillets due à une  
déformation définissant des plans appelés  
foliation. La roche aplatie laisse apparaître une  
linéation d'étirement marquée par l'allongement  
de minéraux comme le mica sur les plans de  
foliation. La couleur verte clair de la roche évoque  
une roche métamorphique ; il pourrait s'agir d'un  
gneiss.  
(
côté « tête ») selon un plan de clivage spécifique  
qui forme une surface plane. Le plan de clivage n'est  
pas tout à fait orthogonal et cette surface offre une  
partie aiguë qui présente des traces d'enlèvement  
dues à des impacts. En revanche, l'extrémité  
accidentellement brisée (côté « panne ») présentait  
des formes arrondies naturelles, typiques des  
galets de rivière.  
Les plus proches rivières susceptibles de rouler de  
tels galets sont l'Hérault et la Vis dont les cours se  
situent à égale distance de la grotte. Toutefois, la  
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Figure 16. Différentes vues techniques de l'objet en pierre.  
3
) Traces d'impact  
L'objet en pierre est un galet roulé dont l'aspect poli n'est pas d'origine anthropique, mais naturelle. Toutefois,  
ce galet présente des traces d'impact qui montrent qu'il a fait l'objet d'un aménagement. Une des extrémités  
est plate (côté « tête ») et résulte d'un bris selon le plan de clivage. C'est d'ailleurs selon ce même plan que l'autre  
extrémité (côté « panne ») s'est brisée accidentellement. Le plan de clivage, anciennement brisé (côté « tête »),  
présente des traces d'impacts et des écailles associées. Ces traces d'impacts attestent soit son utilisation par  
percussion, soit un aménagement de l'outil visant à améliorer sa forme (fig. 17). Les écailles résultant des  
impacts sont recouvertes par une fine couche de calcite qui s'est déposée sur l'objet pendant son séjour dans la  
grotte.  
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On  
remarque  
d'autres  
traces  
d'enlèvement visibles (grande écaille  
en forme de V) sur un des côtés de  
l'objet. Il existe de nombreux impacts à  
l'origine de l'écaillage sur la tranche de  
l'objet. Les impacts et les différentes  
écailles emboîtées affectent la partie  
centrale et concave de l'objet.  
L'aménagement réalisé avait sans  
doute pour but de réduire son  
épaisseur, probablement en vue d'un  
emmanchement.  
Figure 17. L'objet en pierre présente des traces  
de percussion anciennes (écailles) attestant  
d'une utilisation ou d'un aménagement de  
l'outil.  
b) De l'usage des marteaux  
le rayon d'action d'un homme. Ces stalactites  
épointées, situées en dehors de l'itinéraire, ont pu  
être atteintes par un homme équipé d'un tel outil (1).  
La présence de traces de percussion autorise un  
parallèle avec des outils modernes en métal comme  
les marteaux. On appelle marteau toute masse  
mobile agissant par percussion. Généralement, un  
marteau est composé de trois parties : le manche  
qui sert au maintien et au maniement de l'outil, la  
tête qui sert à percuter et la panne située à l’opposé  
de la tête. Le principe du marteau est qu'il agit par  
inertie, laquelle est augmentée par la longueur du  
manche et par celle du bras de l'utilisateur.  
Le marteau et la massette font partie intégrante de  
l'outillage du spéléologue pratiquant couramment  
la désobstruction. Bien que l'usage des explosifs  
soit largement répandu, le marteau est encore  
utilisé pour enlever la roche fracturée par  
l'expansion des gaz. La masse du marteau est  
déterminante dans le choix des outils : un marteau  
à spits trop léger sera inefficace pour briser des  
concrétions massives, alors qu'une massette de 1kg  
se révélera plus adaptée.  
(
1) Sous terre, lorsqu'un homme à en mains un outil de type  
massette, il a tendance à l'utiliser même lorsque ce n'est plus  
indispensable. Les spéléologues connaissent bien cette  
addiction du marteau sur les chantiers de désobstruction. S'il  
donne satisfaction, le maniement de l'outil procurera un certain  
plaisir et le spéléologue tardera à céder sa place aux autres.  
De même, l'utilisation d'un marteau est également  
envisageable lors de l'ouverture du passage dans la  
barrière stalagmitique. En effet, le diamètre des  
stalagmites justifie l'usage d'un outil emmanché  
pour deux raisons ; la première est l'allongement du  
bras de levier qui augmente la puissance du coup  
porté sur les concrétions, et la deuxième est la  
sécurité que procure un manche d'outil par rapport  
à un objet tenu à la main dont le risque majeur est  
l'écrasement des doigts.  
2
) L'usage probable de l'objet  
Le lieu de la découverte de l'objet en pierre à  
proximité d'une zone de bris de concrétions, la  
forme de l'objet et ses traces d'impact indiquent  
qu'il a eu une utilité réelle pour les hommes de la  
Préhistoire.  
c) L'objet dans son contexte spéléologique  
1) Les bris de concrétions  
Le bris de concrétions n'est pas évident sans outil  
de type masse ou massette, c'est pourquoi on peut  
faire l'hypothèse que l'objet en pierre a été utilisé  
comme marteau lors de la désobstruction et  
l'aménagement de la grotte du Serre des Périers.  
Il est probable que l'outil emmanché a été utilisé  
pour briser les stalagmites de la barrière qui  
gênaient le passage. Une fois sorti du passage bas  
récemment ouvert (barrière stalagmitique),  
l'homme s'est relevé et a donné quelques coups sur  
Dans la grotte, le bris des pointes de stalactites,  
situées après la barrière stalagmitique, n'était pas  
vraiment utile. Ces stalactites sont hors de portée  
pour un homme situé dans la zone de progression.  
Le diamètre de certaines stalactites semble trop  
important pour être rompues à la main. On en  
déduit que ces pointes de stalactites ont été brisées  
à l'aide d'un outil qui permettait de les atteindre et  
de les rompre plus facilement. Le manche d'un  
marteau allonge notablement la portée du bras et  
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les stalactites pointues qui devaient présenter un  
5. Références bibliographiques  
danger potentiel. Toutefois, les hommes  
préhistoriques n'ont rien trouvé d'exploitable  
derrière la barrière stalagmitique, car cette partie  
de la grotte est totalement sèche. Ils sont revenus  
sur leurs pas et se sont contentés de placer deux  
fragments de stalagmites de bonne section pour  
éviter que l'eau ne se perde dans une fissure. Une  
fois le détournement des eaux effectué, le dispositif  
de récupération s'est mis à fonctionner et l'objet en  
pierre est resté sur place.  
BIGOT Jean-Yves (2018) Compte rendu de la  
sortie du 15 avril 2018 dans la grotte du Serre des  
Périers (Pégairolles-de-Buèges, Hérault). 7 p. (n.  
BIGOT Jean-Yves (2015) Traces  
&
indices.  
Enquête dans le milieu souterrain. Contribution à la  
4
. Conclusion  
Les motivations des hommes préhistoriques dans  
l'exploration des cavités sont multiples (Bigot,  
2
015), mais il en est une qui conditionne son  
BIGOT Jean-Yves (2018) Les aménagements  
préhistoriques de l’aven de Sot Manit (Saint-  
Maurice-Navacelles, Hérault). Karstologia, n° 71,  
pp. 1-10.  
installation : la présence d'eau dans les grottes.  
Ainsi, des hommes se sont installés à l'entrée des  
grottes parce qu'elles pouvaient pourvoir à leur  
besoin en eau. On trouve des cavités occupées dans  
les gorges de rivière pérenne, simplement parce  
qu'il était plus aisé de puiser l'eau dans la grotte que  
VIALA Claude (2000) Dictionnaire de la  
spéléologie,  
archéologie  
souterraine,  
de descendre  
à
la rivière. Cette gestion de  
biospéléologie et écologie souterraine, karstologie,  
maladies et risques spécifiques, matériels utilisés  
en spéléologie, paléontologie du Quaternaire,  
préhistoire souterraine, spéléologie physique,  
techniques de progression souterraine, termes et  
l'économie de l'effort a dicté l'installation des  
hommes durant une bonne partie de la Préhistoire.  
Il est probable que les hommes qui ont aménagé la  
grotte du Serre des Périers vivaient à proximité et  
occupaient une grotte décapitée qui se trouve un  
peu plus à l'est, à proximité d'une terrasse ou  
plateforme propice à leur installation.  
Les hommes des causses et garrigues ont toujours  
cherché activement les entrées de cavernes, tout  
comme les spéléologues aujourd'hui. Seuls les  
outils changent : un perforateur et des massettes  
en métal pour les uns et des masses en pierre pour  
les autres.  
expressions  
régionales.  
Eléments  
de  
géomorphologie karstique, de géologie, de  
tectonique, d'hydrogéologie, principales cavités et  
régions karstiques, etc. Spelunca Librairie,  
Fédération française de spéléologie éditeur, 264 p.  
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