LA « FOUX » DE BLANDAS  
Une résurgence insolite des gorges de la Vis  
Causse de Blandas  
Par Daniel Caumont, Jean Tarrit,  
Pascal Mouneyrat, Claude Viladomat  
Travaux de la Section Spéléologique du CLPA - Montpellier  
Historique de la découverte :  
La découverte de cette exsurgence inconnue dans le site le plus fréquenté touristiquement et  
spéléologiquement des gorges de la Vis, non loin du cirque de Navacelles relève d'un travail  
régulier d'observation des crues des exutoires, base même de toutes les découvertes faites par  
le CLPA (Exsurgences de la Rouveyrolles, de Rocalte, du Cambon, de Bergougnoux..) dans les  
gorges de la Vis depuis 1974.  
La découverte de la Foux de Blandas - acte fondateur 1 : Observations des crues de la Vis  
C'est grâce à l’opportunité d'une crue Cévenole et d'une visite à la Foux de la Vis que  
l'observation d'une cascade sortant d'un amas de blocs en rive gauche des gorges et face aux  
moulins de la Foux a attiré l'attention de certains d'entre-nous. (J. Tarrit, C. Serin).  
«
En compagnie de Claudie Serin, nous consacrons ce samedi 5 novembre 2011 à visiter les  
principales émergences de la Vis. Il pleuvra toute la journée sans discontinuer. C’est aux environs  
de 13 heures que nous arrivons aux abords de la Foux et constatons qu’un fort débit d’eau sort  
sous le chemin d’accès au niveau d’un petit belvédère rocheux certainement utilisé par les  
photographes qui veulent avoir une vue globale sur les deux moulins et les cascades. Intrigué par  
l’importance du débit qui n’a rien à voir avec un quelconque écoulement de surface, je descends  
un petit peu plus bas pour filmer le phénomène. Pour avoir souvent fréquenté ces lieux au fil des  
ans et ce quelle que soit la météo, je ne me souviens pas avoir vu de l’eau sortir à cet endroit.  
C’est une surprise ! » (Jean Tarrit).  
Description des lieux :  
Lorsque l’on parvient aux moulins de la Foux par le sentier classique de randonnée côté Blandas  
en rive gauche des gorges de la Vis et en arrivant face à la belle cascade de la source seulement  
une vingtaine de mètres avant, une accumulation de gros blocs chutés de la falaise bathonienne  
qui surmonte le sentier, dissimule l'entrée de cette cavité. En descendant en contrebas de ce  
dernier en direction de la Vis, un passage largement praticable entre des blocs enchevêtrés  
conduit après une étroiture verticale de 4m désobstrué dans une large diaclase, à la base de  
laquelle s'ouvre un siphon (2,50m x 1m). Ce siphon est séparé en deux plans d’eau par une  
accumulation de blocs coincé dans la diaclase (cote -6 environ).  
Les Travaux du CLPA :  
Pour accéder à ce siphon, le forçage un peu périlleux d'une étroiture entre deux gros blocs le 2  
mars 2012 par Claude Viladomat, Sylvie et Pascal Mouneyrat a suffit. Aucune désobstruction n’a  
été nécessaire pour s’introduire dans la cavité. Des travaux d’élargissement ont été effectués  
postérieurement afin de faciliter le passage des plongeurs et de leurs équipements.  
Acte Fondateur 2 : Audace du découvreur du siphon  
«
Grâce à vos observations judicieuses en période de crue, et aux miennes lors de mes  
prospections, j'ai probablement découvert un gros siphon, sans le moindre coup de marteau,  
dans une résurgence que vous aviez vue en crue en novembre 2011. Je suis allé à la Foux de  
Blandas pour l'observer, sans éclairage et sans combi, le dimanche 26 février, et j'ai été surpris  
de constater un courant d'air net dans les blocs, alors que la température extérieure n'était pas  
beaucoup plus élevée que la température de la résurgence, Il sortait horizontalement entre les  
blocs à 2 m de l'entrée. Un peu avant cela on voyait un vide à la verticale qui descendait sur  
plusieurs mètres et qui semblait pénétrable, mais un bloc instable m'avait dissuadé de forcer le  
passage, de plus je m'étais dit que c'était plus sûr de désobstruer contre la voûte plutôt qu'au  
pied de 4 m de blocs plus ou moins stables, pensant que le vide apparent n'irait pas bien loin.  
J'avais donc besoin d'une perfo pour tenter la désob. On s'y est pointé vendredi 2 mars dans  
l'optique de faire des tirs mais j'ai trouvé plus intelligent de tenter la descente entre les blocs  
avant d'attaquer le fond. Seule Sylvie Mouneyrat aurait pu essayer de passer, mais comme moi,  
elle avait les chocottes, aussi, après avoir rassemblé mon courage, je suis descendu et au bout de  
quelques mètres. Debout tout le temps, je me suis retrouvé face à un gros siphon dans une  
diaclase de 1m de large sur plusieurs mètres de haut. La partie immergée semble plus large.  
Sylvie et Pascal ont réussi à me rejoindre car le bloc instable fait pendule dans une cuvette, il ne  
peut donc pas chuter. Malheureusement le courant d'air, que j'avais trouvé surprenant en cette  
période, ne provient pas de l'extrémité de la diaclase, mais d'une circulation entre les blocs  
extérieurs qui sont énormes. Je suis très étonné que personne ne connaisse ce siphon, il n'y avait  
aucune trace, pas de fil d'ariane non plus. Une galerie fossile dont il reste le porche débouchait  
légèrement en aval, elle s'est colmatée mais il serait peut être possible d'attaquer la désob pour  
passer le siphon s'il est très court (Claude Villandraut : Le Doc)  
Description de la cavité :  
Le passage en forme d'étroiture verticale de 3 m entre deux gros blocs donne accès à une  
galerie diaclase, de même orientation que celle voisine venant en prolongement de l’autre côté  
de la gorge, et par laquelle résurge la Foux de la Vis. L’ensemble résulte de l’érosion par  
effondrement de la falaise bathonienne subjacente contre laquelle viens s'appuyer une  
imposante trémie. Une croupe rocheuse dans cet ensemble constitue un rétrécissement qui  
divise en deux plans d'eau distincts le siphon qui prolonge la cavité ; siphon qui se développe  
Face à la Foux de la Vis, entre des blocs ! (photo jean Tarrit 05 Nov 2011)  
vers l'intérieur du massif sur 156 mètres pour -40 m de profondeur (plongée de Pascal  
Mouneyrat et Damien Vignolles le 09 juin 2012).  
Une énigme de plus dans les gorges de la Vis  
La présence de cette cavité totalement ignorée de la communauté spéléologique pourtant fort  
nombreuse à fréquenter les lieux depuis des décennies est totalement insolite.  
Située juste en face de la mythique Foux de la Vis et sur l'autre rive du canyon, la Foux de  
Blandas n'est pas sans poser de très nombreuses questions hormis celle de sa découverte tout à  
fait tardive dans l'histoire de la fréquentation du site.  
Sa localisation dans les gorges même au sein desquelles résurge la Foux (plus de 2 m3/s à  
l’étiage) et a moins de cinquante mètres et face en léger décalé de cette dernière ne relève pas  
du hasard mais bien d’une conjonction d'événements, qui bien qu’au premier rapport anodins,  
intéressent directement les explorations spéléologiques.  
A savoir, sur le plan morphologique : une meilleure compréhension du positionnement de  
l'exutoire de la résurgence de la Foux, dont l’orifice d’exhaure d’aspect inachevé ne semble pas  
être le fait d’un accident local (faille barrière) mais bien d’un conduit sectionné. Ce dernier  
pourrait résulter d’un tronçonnement dû à l’emboîtement du canyon de la Vis dans le bathonien  
des gorges.  
Citons à ce sujet une remarque de René Roux (1975) : « La localisation de la Foux est récente et  
son raccordement au thalweg de la vallée inachevé ». René Roux (1975).  
La Foux de Blandas en crue sous les blocs qui supportent le sentier des touristes.  
(Photos Jean Tarrit, le 05 Novembre 2011)  
Report schématique P. Mouneyrat (sur une topo de C.Touloumdjian)  
Rappel sur la Foux de la Vis  
La Foux de la Vis (ou résurgence de la Vis) est considérée avec ses superbes moulins comme un  
des plus pittoresques et insolites sites.  
Cette belle exsurgence des Grands Causses est connue pour attirer de très nombreux visiteurs  
de tous milieux : profanes, scientifiques étrangers ou non à la spéléologie.  
Son orifice d'exhaure curieusement situé entre les villages de Vissec et de Navacelles, au  
débouché et en rive droite d'un long canyon dolomitique emboîté dans les versants réglés de la  
large vallée de la Vis, a de tout temps suscité bien des interrogations.  
Sur le plan géologique aucun accident de terrain ni la moindre anomalie stratigraphique locale  
ne peut en effet expliquer la raison pour laquelle les eaux souterraines issues des pertes de la  
Vis et de la Virenque ainsi que des causses environnants, Larzac et Blandas, ont choisi en lieu et  
place cet exutoire situé au toit (moins de 30m) d'un épais banc de dolomie bathonienne de plus  
de 150 mètres de puissance.  
C'est par cette démarche interrogative que nous avions en 1981 dans la revue Spelunca (2) émis  
l'hypothèse que l'évent de Rocalte, exutoire temporairement émissif qui développe plus de  
1
700 mètres de vastes galeries quelques kilomètres en aval dans ces mêmes gorges et sur  
l'autre rive de la Vis, pouvait être le paléo conduit d’exhaure de cette puissante résurgence !  
Ceci pour tenter par la même occasion de résoudre plusieurs énigmes passionnantes, non  
seulement en matière d'exploration spéléologique directe, mais aussi et entre autres dans le  
domaine connexe de cette discipline qui est celui de la mise en place de plusieurs phénomènes  
morphologiques du canyon de la Vis ; en premier lieu celui relatif à la capture du célèbre  
méandre de Navacelles (cirque de Navacelles).  
C'est le processus d'abandon des imposantes galeries de l'évent de Rocalte qui nous a fait  
admettre que l'exutoire de la Foux de la Vis tel que nous le connaissons dans son cadre  
chaotique actuel totalement informe ne serait que la conséquence d'un tronçonnement d’un  
paléo réseau mis à jour par l'emboîtement du canyon bathonien dans la vallée de la Vis.  
Une capture par la Vis Supérieure dont les effets auraient eu pour conséquence d'isoler une  
partie aval du réseau (quelques kilomètres de galeries !) de cet évent, entre la Foux de Blandas,  
et plus en aval des gorges, l’important évent de Rocalte dont les dimensions imposantes des  
galeries pourraient être ainsi expliquées.  
Fonctionnement contemporain du système Rocalte-Foux Blandas en très hautes eaux.  
De plus, l'observation inédite effectuée par Jean Tarrit et Claudie Serin le 05/11/2011 à la Foux  
de Blandas en très hautes eaux (régime de plusieurs épisodes Cévenol) atteste sans ambiguïté  
que cette résurgence exerce très temporairement un rôle émissif qui peut être attribué à un  
stade exceptionnel de trop plein de l’évent de Rocalte par reflux amont de l’aquifère du causse  
de Blandas. Reflux utilisant en l’occurrence une partie de l’ancien drain qui reliait cette cavité à  
la Foux et dont l’exploration reste à faire.  
En outre, elle complète et renforce l'expérience de traçage (1988) d'une cavité du causse de  
Blandas dont nous sommes l'auteur (3), dans l'aven des Albarons, cavité de 165 mètres de  
profondeur parcourue par un écoulement péren bien localisé sur la faille de Montdardier.  
Cette coloration réalisée dans des conditions normales d’étiage perturbées par de subites et  
fortes précipitations (type épisode Cévenol), a fort curieusement démontré que la Foux de la Vis  
pouvait exceptionnellement constituer en hautes eaux un des points d'extravasement de  
l'aquifère du causse de Blandas. Hélas, en raison du caractère particulièrement fortuit du  
résultat obtenu, notamment de précipitations non attendues, il n'avait pas été prévu de vérifier  
le siphon terminal de l'évent de Rocalte, voire même celui de son évent inférieur (évent des  
Ruches), dont les orifices en cette occasion devaient être bien entendus fortement émissifs.  
Paléo Fonctionnement hypogé de la Foux de la Vis avant la surimposition du Canyon (Google Earth)  
Les attendus de la découverte de la Foux de Blandas :  
Ils sont de plusieurs ordres :  
Sur le plan spéléologique, la « sortie » du siphon de la Foux de Blandas si tant est que cette  
dernière soit possible par les plongeurs, déterminera la nature des explorations non seulement  
des parties exondées de cette cavité, s’il en existe, mais celles constituant l’amont de l'évent de  
Rocalte dont l'exploration pourra être dans ce cas relancée.  
Par anticipation, et dans cette attente, des travaux de désobstruction (CLPA) permettant la  
jonction entre l'évent des Ruches et l'évent de Rocalte ont déjà été entrepris durant l'été 2013,  
2
016, 2017. Ils font suite à ceux déjà réalisés dans les années 1979-1980. Désobstructions qui  
ont permis une progression de 25 mètres dans cette cavité en direction des galeries de l’évent  
de Rocalte désormais toutes proches.  
Ces travaux de « jonction » permettront à terme l'accès direct à l’évent de Rocalte en toute  
sécurité, ce qui n'est pas le cas actuellement par l'orifice très instable par lequel a été effectuée  
sa découverte en 1981. Orifice remanié et effondré consécutivement à divers épisodes  
cévenols.  
Sur le plan hydrogéologique, une expérience de coloration réalisée dans le siphon de la Foux de  
Blandas dont les galeries noyées sont très proche du lit à cet endroit encaissé de la Vis et sous-  
jacent à cette dernière de plus de 30 mètres, a permis de constater, fait étonnamment  
surprenant l’extrême étanchéité avec cette dernière.  
Une anomalie qui renforce le fait que le conduit du plan d’eau de la Foux de Blandas, malgré sa  
proximité de la Vis est parfaitement structuré dans l'encaissant de la falaise bathonienne qui  
longe la vallée sur ses deux rives.  
Bibliographie contextuelle :  
ROUX René. (1975) : Inventaire Spéléologique du causse de Blandas. Publication du Gersam  
CAUMONT Daniel : (1981) Approche Spéléologique de la Foux de la Vis. Spelunca 5° série, n°1  
Janv-Mars. P.13-18.  
CAUMONT Daniel (1992) : Un cas de diffluence sur les Grands-Causses : La coloration de l'aven  
des Albarons (Causse de Blandas). Actes du Congrés National de Spéléologie. Spelunca  
Mémoires n°19 - Montpellier. p.85-91.  
VILLAMEJEANNE Richard (1993) : Bibliographie Spéléologique du causse de Blandas-  
Montdardier. 162 p.  
VILLAMEJEANNE Richard (2003) : La Foux de la Vis - Synthèse Spéléologique. Grands Causses -  
Spéléologie. Annales du XI° rassemblement Caussenard. La Vacquerie . p.67-82.  
TARRIT Jean (2012): Episode Cévenol à la Foux de la Vis « Karst au Logis », Bulletin interne du  
CLPA n°81- p.28-30.  
MOUNEYRAT Pascal (2012) : Petit compte-rendu sur la plongée du dimanche 11/03/2012 –  
«
Karst au Logis », Bulletin interne du CLPA, n°81. p. 31-32.